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Vautours ou éléphants roses ?

Ma première rencontre avec des vautours sauvages ne doit rien à l'une de ces studieuses sorties ornithologiques, où le naturaliste amateur mais zélé fourbit de bon matin son précieux matériel optique en quelque affût stratégique, allant jusqu'à s'interdire pendant des heures de péter. Non, contre toute attente, ma propre expérience, qui date de l'été 2000, repose sur des circonstances fort différentes : une bande d'improbables montagnards - dont j'étais - s'était mis en tête d'enterrer de manière peu orthodoxe la vie de garçon d'un infortuné camarade. Celui-ci, à l'instar de Jésus Christ lui-même, fut nuitamment interpellé par les nôtres, certes pas sur le Mont des Oliviers mais dans un petit village à flanc de montagne pyrénéennes, puis contraint de gravir son Golgotha à lui, à savoir le Mont Né, éminence de 2141 mètres, si j'ai bonne mémoire. Quant à la lourde croix, elle fut avantageusement remplacée par un sac à dos ventripotent de victuailles.
Arrivés au sommet avec une bonne avance sur le lever du soleil, nous consommâmes sans vergogne lesdites denrées, tant liquides que solides.


Et c'est à l'heure où l'azur prenait possession des cieux, y chassant les derniers accents de rose et de mauve d'une aube irréelle, qu'une escouade d'étranges planeurs apparut au nord, comme en témoigne cette photo (voyez les virgules dans le ciel : c'est eux). Ils s'approchèrent de crête en crête, jusqu'à passer à la verticale de notre groupe.
Celui-ci, quelque peu secoué par les substances les moins non-alcoolisées de nos provisions, n'eût pas été en mesure d'identifier ces OVNIs sans votre serviteur, qui n'avait pas oublié ses jumelles. Pourtant, pour user de cet ustensile avec quelques pastis dans le buffet, il faut avoir le coeur bien accroché, croyez-moi.
Quoi qu'il en soit, pas de doute : il s'agissait bien de Vautours fauves, époustouflants volatiles charognards, qu'on a plus l'habitude de voir dans les documentaires sur la savane africaine (vous savez, ces bêtes dégueu qui fourrent leur tête dans le fion des gnous morts pour leur bouffer les tripes*) qu'après un pique-nique, même bien arrosé.
J'entends d'ici les esprits les plus bassement chafouins d'entre vous insinuer que notre vision n'était autre qu'une alternative originale, mais explicable par l'altitude, aux bons vieux éléphants roses. Et là je m'inscris en faux : quelques jours plus tard, je retournais en montagne, cette fois parfaitement à jeun. C'était le tour du Mont Las (les Pyrénéens font dans le monosyllabique), 1600 et quelques mètres, de subir les assauts de quatre valeureux randonneurs.


Et nous eumes encore droit à la visite de nos majestueux volatiles de 2,50 m à 2,80 m d'envergure, ce qui ne passe pas inaperçu. Nous en déduirons qu'il n'est pas si difficile d'observer des vautours fauves par chez nous, à condition d'avoir le mollet ferme pour atteindre les zones de végétation rase et - peut-être - d'être suffisamment matinal pour prendre ces oiseaux "au saut du lit", alors qu'ils quittent leur dortoir. Notons au passage que les Pyrénées ne sont pas leur seul sanctuaire en France, et que les Cévennes ont connu il y a quelques années une expérience - réussie - de réintroduction de l'espèce.

Ô Lecteur, j'espère ne pas trop Te décevoir, moi qui œuvre pour élever Ta culture ornithologique vers les sommets, maintenant que Tu sais que d'autres sommets furent le théâtre de mon coupable éthylisme.




* Cet astérisque pour vous signaler que l'habitude peu ragoûtante des vautours de passer leur tête à l'intérieur des cadavres explique pourquoi ils n'ont qu'un duvet ras de la tête à la base de cou. Vous imaginez les difficultés de nettoyage s'ils avaient des plumes "normales" sur ces surfaces ? La nature est bien faite, même quand elle nous écœure...



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux