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L'oiseau de Cro-mignon
Sachons distinguer le troglodyte du troglodyte.

Les moins incultes des mes lecteurs (les autres peuvent rester) n’ignorent pas que le troglodyte – tout court – est un nostalgique des âges antédiluviens où HLM signifiait Habitation à la Luminosité d’un cul de Mammouth, dans laquelle nos ancêtres vêtus de peaux de bêtes même-pas-made-in-China s’abritaient et réalisaient de jolis dessins sans papier calque. Donc le troglodyte, dans son sens commun, est d’humeur cavernicole.

Le troglodyte, quand il est mignon, n’est pas forcément un homme des cavernes qui aurait soigné son apparence : c’est un oiseau. Ah tiens comme c’est surprenant, sur ce site.
Le Troglodyte mignon (l’oiseau), puisque c'est de lui ce dont auquel je m'en vas vous causer, doit son nom à sa propension à construire son nid dans une cavité (à la base de la souche d’un arbre, par exemple). Il ne doit pas son qualificatif à l’expression usuelle de nos jours qui consiste à s’exclamer "ah comme il est meugnon arheu gouzi" devant tout être vivant (ou en peluche) à l’allure ronde, potelée, duveteuse, ébouriffée, ingénue, rayer la mention inutile.
Non, ici "mignon" est à rapprocher de "minus", petit, car voici une caractéristique propre au Troglodyte mignon : c’est un petit volatile. Le plus petit d’Europe avec le roitelet.



Petit mais costaud : le Troglodyte mignon ne se laisse intimider par personne lorsqu’il s’agit de défendre son territoire. Le mammifère bipède répondant au prénom de Xavier (par exemple) comme le vagabond emplumé se verra accueilli par un trrrrr répété sur un ton peu amène, dès qu’il s’aventurera trop près du bosquet où loge notre héros. D’ailleurs, une fois que l’on s’est aguerri à reconnaître ce cri agacé, le plus dur reste de localiser son auteur : il est en général perché entre un mètre et un mètre cinquante du sol, sur une branche ou sur une souche, mais son plumage brun cannelle le rend peu visible.
Dans l'enchevêtrement végétal ci-contre se cache un Troglodyte mignon en colère. Voyez comme il n'est pas évident de le repérer.

La costauditude... la costauderie... bref, le fait que le Troglodyte mignon mérite, à mon sens, d'être qualifié de costaud tient aussi à son endurance face à nos hivers. Cet oiseau fait en effet partie des espèces "sédentaires" de nos contrées. Ceci m’amène à répondre ici à une question qui turlupine nombre de mes lecteurs assoiffés de culture ornithologique : qu’est-ce qui fait que certains oiseaux résistent vaille que vaille aux changements de saisons alors que d’autres jouent les planqués en pratiquant la migration ?
Eh bien, "migration or not migration" est une question associée en premier lieu à l'alimentation de l'oiseau. Une espèce au régime relativement omnivore (baies, graines, larves, insectes et autres invertébrés), comme le troglodyte, peut toujours trouver sa pitance sous nos latitudes à la saison froide. A contrario, vous avez remarqué que l’on se fait peu piquer par les moustiques entre Noël et le Nouvel An et, comme par hasard, ça ne grouille pas d’hirondelles à cette époque. Les hirondelles ont en effet un régime exclusivement insectivore, et sont même spécialisées dans l'insecte volant, d'où l'obligation de migrer vers des cieux plus cléments quand la bise fut venue.




Les plus observateurs de mes lecteurs auront relevé les guillemets au "sédentaire" qui qualifie le troglodyte quelques lignes plus haut. En effet, en matière de sédentarité, tout est relatif : même les oiseaux les plus braves connaissent des mouvements migratoires pour échapper aux coups de froid, en particulier dans les régions où ils y sont le plus exposées, comme le Nord et l'Est de l'Europe. Ils n'y échappent d'ailleurs pas à tous les coups, et ça peut mener à de véritables hécatombes chez ces minuscules boules de plumes.

Oh mais dites je cause je cause mais voici que j'atteins la limite maximale admissible en matière de longueur d'article, au delà de laquelle le lecteur le plus patient risque de se lasser de ma logorrhée.

Admirez ci-contre le volatile que vous êtes supposés observer aux jumelles si vous avez su le repérer sur l'illustration précédente. Notez sa queue toujours relevée très caractéristique.



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux