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Cri du matin, chagrin
Un dimanche de printemps, très tôt le matin. Je suis en train de faire la plus belle observation de ma modeste carrière ornithologique : un Butor étoilé, rare et farouche échassier des marais, sort doucement de la roselière dans l'œil de ma lunette. Le voici qui gonfle son jabot pour pousser son cri si caractéristique :
"Chéri, tu dors ?"
...
"Chéri, tu dors ?" réitère la voix depuis l'autre moitié de la couche conjugale. Au même instant, cinq ongles d'orteils viennent exercer une pression persuasive sur chacun de mes mollets.
Au troisième "Chéri, tu dors ?", je suis bien tenté de répondre "oui" et de retourner à mon butor, mais je crains fort de ne pas être cru. Autrement dit, je suis cuit.
- "Mhnglêh ?" interrogé-je avec le charisme qui prévaut à cette aube dominicale.
- "Ecoute, y'en a un des deux qui pousse des p'tits cris !.."
Maudissant la légèreté du sommeil maternel (ainsi que la dureté de ses ongles d'orteils), je m'échoue sur le dos afin de libérer tout ce que je compte d'oreilles de l'occultation phonique du traversin. Je ne perçois rien qui puisse être émis par l'un des deux membres de notre progéniture, dont les chambres respectives sont à oreille-gauche. Par contre, à oreille-droite (fenêtre ouverte sur square), un petit gloussement se fait régulièrement entendre.



Soudain l'évidence me saisit et je m'applique à rassurer la mère angoissée :
- "Mais nan, ma petite censuré, ce n'est qu'un rougequeue un peu matinal.
- "Ne te fiche pas de moi... et cesse de raconter des obscénités !" Me rétorque-t-on.
C'est toujours la même chose : chaque fois que mon éminent avis pédiatrique est requis (comme si j'étais Françoise Dolto), soit j'avoue mon ignorance et je suis traité d'incapable, soit j'avance une réponse et je passe pour un provocateur ou un débile, suivant les cas.
Me voilà donc à six heures du matin en train de sortir ma copieuse bibliographie ornithologique (Dieu merci, toujours à portée de ma main) pour expliquer à l'incrédule que le Rougequeue noir est bien un oiseau dont les caractéristiques physiques du mâles sont résumées dans son nom : noir de suie, calotte (partie supérieure de la tête) cendrée, queue vermillon.

Je développe mon argumentaire auprès de l'élève en ornithologie qui, déjà, se rendort (l'ingrate), en précisant que le Rougequeue noir est un oiseau habitué des zones urbaines où il trouve toujours un coin où nicher.

Dans un ultime grognement témoin de son total retour à la séreinité, ma moitié a retrouvé le sommeil. Ce n'est pas mon cas. Je viens de me rendre compte que j'ai le sujet de mon prochain article : faire prendre conscience aux plus citadins de mes lecteurs que ce très joli petit passereau qu'est le Rougequeue noir habite peut-être au pied de leur maison ou de leur immeuble, là, sur un tas de gravas qui lui fait office de rocaille, son milieu naturel à l'origine. Et les avertir que si le rougequeue, en dépit de son appendice caudal flamboyant, est plutôt visuellement discret, il se fait remarquer par ses tapages du petit jour. Un bon moyen de le repérer... et parfois de le maudire. Mais l'amour de la nature doit l'emporter sur votre goût pour la grasse matinée !


Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux