Pour revenir à l'accueil
Ne proférez plus des noms d'oiseaux au hasard
Faudrait voir à pas confondre les oiseaux
Elucubrations ornithologiques variées
Pour trouver ce que vous cherchez sur La Plume
Moi en long et en large
Exposition des mes oeuvres
Mes liens, les miens
Créons ensemble !

Gorge rouge n'est pas rougegorge.
S'il est un volatile qui peut se targuer de popularité, c'est bien le rougegorge. Vous noterez que j'écris son nom en un seul mot, ce qui va à l'encontre du dictionnaire standard, mais souscrit aux règles étranges que promulguent et amendent les sommités ornithologiques. Pour cause d'une obscure animosité envers le trait d'union, les noms d'oiseaux anciennement composés se retrouvent fusionnés : rougequeue, gorgebleue, rougegorge, donc. Au figuré, les noms d'oiseaux deviennent pauvrandouille, sombrecrétin et tristecuistre.
Notre oiseau doit sûrement sa notoriété à la familiarité qu'il témoigne envers l'Homo Sapiens, familiarité légendaire au point que les sommités sus-nommées l'ont baptisé du nom complet de Rougegorge familier.

Hélas cette célébrité ne place pas le rougegorge à l'abri des confusions, et me voilà qui prends à nouveau mon bâton de pélerin pour t'éclairer, lecteur, oui toi qui bois ces lignes affichées sur ton écran 17 pouces, pour t'éclairer, dis-je, sur les confusions nombreuses concernant le rougegorge.
En fait le rougegorge lui-même est assez facilement reconnu, grâce à sa gorge, certes, que l'on peut qualifier de rouge, re-certes. Signalons toutefois à ce stade de la démonstration que ce "rouge" tire franchement sur l'orangé, vérifiez par vous même ci-contre. Le vrai drame est que nombre de volatiles sont appelés "rougegorges" sans d'autre forme de procès du fait qu'ils affichent une poitrine flamboyante.

Il est donc temps de vous présenter les plus répandus de ces oiseaux dont le rouge poitrail dissimule injustement l'identité au commun des mortels.
Commençons par le grand classique : le Pinson des arbres. Je ne compte plus les fois où l'on m'a parlé de rougegorge en me désignant le pinson mâle. Je précise le sexe car seul Monsieur Pinson arbore une poitrine d'un rose soutenu, pendant que Madame, qui a autre chose à faire que de se pavaner, reste costumée d'une livrée brune bien plus discrète (alors que chez le rougegorge, pas de jaloux). Retenez en tout cas les différences affichées par le pinson par rapport au rougegorge : poitrine plus rose que rouge, cagoule bleutée, dos roux, ailes noires marquées de deux barres claires. Que le simplissime coloriage ci-contre vous aide à mémoriser.


Re-belote pour le Bouvreuil pivoine : Papa plastronne et Maman grisonne. Cette fois le rouge pète aux mirettes (s'appelle pas "pivoine" pour rien) et tranche avec la tête noire, le dos gris et, tiens, encore une barre blanche sur l'aile (ou barre alaire). Ceci n'est pas un hasard : pinson et bouvreuil sont cousins au sein de la famille des fringilles, piafs qui savent ce que "casser la graine" veut dire puisqu'ils le pratiquent au sens propre grâce à leur gros bec.



Dix de der' avec la Linotte mélodieuse, troisième fringille de la galerie, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler dans un autre article. Comme vous êtes supposés avoir progressé depuis le début de cet exposé, je remplace le B-A, BA du coloriage par un tableau plus réaliste du couple linotte.

Enfin, sachez que le rougegorge est concurrencé jusque dans sa propre famille des turdidés : son cousin le Tarier pâtre voit son représentant mâle arborer avec orgueil une magnifique poitrine orange vif, rabaissant une nouvelle fois la condition féminine de son espèce aux couleurs ternes qui conviennent mieux aux tâches ménagères.
Mais cessons ici l'anthropomorphisme qui consisterait à prêter des pensées machistes aux oiseaux. Les mâles sont souvent plus colorés que les femelles pour afficher leur pleine santé, gage du bon reproducteur toujours péréfé par ces dames. En cela ce sont plutôt les Homo Sapiens mâles qui immitent leurs confrères ailés en paradant à bord de voitures de sport rouge vif dans le but de séduire le sexe opposé.




Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux