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Renan et la rainette.
Si Renan voue, comme vous le savez, une passion incontrôlée pour la faune ailée de nos campagnes, sachez que ses premiers contacts avec Dame Nature ne furent pas sans intensité dramatique...
Nous sommes en 1972 (introduction inspirée d'un best seller de Pierre Bellemare). Comme tous les samedis, la famille au grand complet rejoint la petite maison de campagne, sur les bords de la Vilaine. Nous nous entassons dans la DS familiale : les parents devant, les grands-parents derrière et les 3 frères sur les strapontins. Petit Renan au milieu, avec son chapeau tyrolien, entre ses deux grands frères chahuteurs. Petit Renan n'a pas oublié tout son matériel d'aventurier : le bâton sans écorce, les bottes rouges (Maman n'avait hélas aucune notion du camouflage), le bocal pour y placer quelques petites bêtes et surtout l'instrument essentiel de survie au sein de la nature hostile des Landes de Lanvaux : le Manuel des Castors Juniors.

Dans cet ouvrage universitaire de référence, écrit sous l'égide du philosophe Walt Disney, Riri, Fifi et Loulou vous enseignent tour à tour les mille et une astuces des explorateurs en herbe : comment capturer une taupe avec une lampe de poche et une pompe à vélo, comment apprivoiser la femelle d'un bousier sans se salir les mains ou encore comment construire un piège à hannetons avec une chaussette et un pot de Nesquick.
Petit Renan n'aime pas trop les trajets en auto, et la suspension hydropneumatique, la fierté de son père, n'engendre chez lui que vomissements incontrôlés. Il voyage donc avec la petite bassine verte sur les genoux, à mon grand regret car moi, la petite bassine verte, j'aimais bien la prendre pour en faire un volant et m'adonner aux joies de la conduite virtuelle (l'ère de la Megadrive n'avait pas encore sonné...).


Nous arrivons enfin à Mâlon, charmant petit hameau de la vallée de la Vilaine. Petit Renan est un peu pâlot mais son estomac a tenu bon. Il n'a pas prononcé pendant le voyage la fameuse phrase qu'il avait émise lors d'un interminable voyage dans le Jura : "Je sens que je vais rôter mon brugnon".
Tout le monde aide à décharger le coffre bien rempli de la voiture : cageots de salade, bouteilles de soupe, valise de bois contenant diverses victuailles bien nourrissantes...
Les 3 frangins se précipitent sur la terrasse de la maison, pour contempler la rivière magique, qui leur manque après une semaine trop citadine. La Grand-mère ouvre la porte de la cuisine, son domaine. J'aime l'odeur humide et vieillotte de la maison qui nous attend.
Grand-père est déjà dans le jardin, vêtu de sa blouse grise qui le protège de la poussière des bûches, de la bave des anguilles ou des piquants des bottes de châtaignes. Soudain, il se fige, le regard fixé sur une touffe d'herbe.
- "Renan, Renan, viens voir, viiiiite !!!"



Petit Renan descend quatre à quatre de la terrasse et se précipite au fond de la pâture, son bâton dans la main gauche, son bocal dans l'autre main et son Castors Juniors en équilibre instable sous un bras. Prudent, il cesse de courir à quelques mètres de la zone mystérieuse indiquée par Pépère, espérant découvrir une taupe, un bousier ou un hanneton, sans avoir recours aux techniques bien complexes décrites savamment dans son manuel. Il s'approche prudemment de Grand-père...
HORREUR !!!! Il lâche le bâton, jette le bocal, laisse tomber le manuel sacré et se met à déguerpir, en braillant comme un phacochère en rut.
Quelle est donc la cause de cette ineffable frayeur ? Les deux grands frangins rejoignent à leur tour le lieu du drame, craignant de rencontrer quelque vipère ou insecte géant. Que nenni ! Nous comprenons maintenant pourquoi le grand-père n'arrête pas de s'exclamer "Qu'il est bête, c't'animal-là !" (bis) : à moitié dissimulée sous une feuille de marronnier, une rainette nous observe de ses grands yeux sympathiques quoique globuleux...

Vous comprenez maintenant pourquoi Renan n'est pas devenu météorologiste comme le frère cadet et qu'il ne voue aucun amour à mes amis batraciens. De même, vous découvrirez un jour que les abeilles et les guêpes sont ses ennemis jurés, depuis qu'il a doublé de volume en s'asseyant sur un nid de guêpes...
A bien y réfléchir, je crois que seule l'observation des oiseaux pouvait lui assurer une totale sécurité. Mais à, propos d'oiseaux, Renan, t'as déjà vu le film d'Hitchcock ???

Dominique LEVAILLANT



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux