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Palombe d'un doute.
N'est-ce point malheureux de constater que même les oiseaux réputés communs sont à l'origine de confusions édifiantes d'énormité de la part de mes concitoyens ? Les genres pigeon et tourterelle en sont de bien tristes exemples. Qui est au courant que nos contrées abritent plusieurs espèces bien distinctes de pigeons et tourterelles, que la rigueur nous impose de désigner par columbidés ?

Tirons parti du subtil calembour qui fait office de titre au présent article et qui m'est venu un matin que je me brossais les dents (car outre les flatulences, l'inspiration est chez moi fort active le matin): je vais vous parler céans d'un columbidé qui mérite certes mieux que l'indifférence bovine (voire spongiforme) du vulgum pecus : la palombe.


La palombe n'est autre que le Pigeon ramier, mais dans sa version migratrice (car, a contrario, nombre de ramiers ont la flemme de migrer) telle qu'on la nomme dans le sud-ouest de la France.
Pourquoi cette appellation spécifique ? Voyons voir : dans palombe, il y a "plomb", et c'est en effet par de drues projections dudit métal que les malheureux migrateurs sont accompagnés au cours de leur voyage qui les conduit au delà des Pyrénées. Dans palombe, il y a aussi "aplomb", et il ne faut certes pas en manquer pour parler de cette joyeuse activité de ball-trap en invoquant l'amour de la nature et des traditions.
Mais bon, laissons là cette étymologie un tant soit peu militante et, plutôt que de tenter de suivre les palombes migratrices en ULM, au risque de se faire dézinguer par un amoureux de la nature et des traditions mais aussi du pastis au petit déjeuner, contentons-nous d'observer le Ramier près de chez nous.
Car à l'instar du bon sens du Crédit Agricole, il y a toujours un Ramier près de chez nous, même au coeur de nos villes. Ceci dit, alors que son cousin le Pigeon biset a depuis longtemps franchi le pas en fautant avec des individus de basse-cour et en s'abaissant à fréquenter les zones les plus fangeuses des cités, le Ramier garde sa dignité : peu d'hybridation avec les pigeons domestiques, et une propension à rester à proximité d'un espace vert, même modeste.


Mais cette saine réticence à l'encontre de la vie 100% citadine durera-t-elle encore longtemps ? Le Pigeon ramier se multiplie en effet en nos villes et peut-être se laissera-t-il aller un jour aller à la facilité, tout comme son cousin, pour devenir dans certains cas un véritable clochard à plumes. Moi qui vous cause, mon ancienneté banlieusarde me permet d'affirmer aujourd'hui que le Ramier est de plus en plus familier dans les rue de ma commune des Hauts-de-Seine. Il picore à même l'asphalte des rues, chose inimaginable il y a encore 5 ou 6 ans.
Oui mais, m'apostrophera-t-on le sourcil fronçé, les poings sur les hanches et le mien dans la figure si l'on continue ainsi à m'interrompre, comment les Pigeons bisets faisaient-ils pour subsister avant que l'Homme n'impose sa présence, ses édifices, ses trottoirs et ses statues aux effets si laxatifs sur les columbidés ?

D'ailleurs, entre parenthèses, j'ai noté que les oeuvres d'art contemporain attirent moins les humeurs défécatrices des pigeons que les statues anciennes, sans doute parce que nombre de sculptures modernes ont déjà l'allure d'étrons...
Mais que cette disgression scatologique ne me détourne point de la question posée : où donc les Bisets crêchaient-ils avant que l'Homo Sapiens ne leur offre le gîte et le couvert ?



L'habitat originel des Bisets se situait (et se situe encore, car il subsiste quelques irréductibles) dans les rochers et les falaises de montagne ou de bord de mer. Ceci me rappelle cette fois où, tout excité d'aller observer de "nobles" espèces (de celles qu'on ne trouve pas sous le sabot d'un cheval) sur la réserve de Cap Sizun (Bretagne), je mettais un certain temps à réaliser que ces volatiles gris qui se mêlaient au Guillemots de Troïl et autres Mouettes tridactyles n'étaient ni plus ni moins que des Pigeons bisets.
Par les effets de la domestication, de la sélection de coloris et de l'hybridation, les Bisets d'origine ont vu leurs traits profondément frelâtés. Amusez-vous à comparer les pigeons de votre quartier au Biset pure souche (ci-contre) et vous comprendrez.


Qu'il soit citadin ou campagnard, le Pigeon ramier est facile à reconnaître en vol, grâce aux très nettes barres blanches sur ses ailes (voyez ci-contre), que l'expert dénomme barres alaires. Tenez, de ce fait, vous pouvez l'intégrer au concours de "compte-oiseaux" que j'ai eu l'occasion de suggérer aux parents qui ne savent pas comment occuper leurs enfants en voiture .
Enfin, je ne peux clore cet article sans célébrer ce verbe si cher à la gent masculine : lequel d'entre nous, messieurs, sait préserver son regard d'un strabisme coupable dès que, dans un périmètre de moins de trois mètres, pointe orgueilleusement une poitrine féminine douillettement enchâssée d'un balconnet pigeonnant ?



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux