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Tabernacle à l'anglomanie

Les flatulences anglophones, communément appelées Franglais, ont le don de me frire les nerfs, non pas tant pour la pollution qu'elles infligent à la langue de Molière que pour la chafouine lueur de supériorité qu'elles font naître dans l'œil de l'orateur qui sait que ses défécations supposées d'Outre-Atlantique ne seront pas comprises par la moitié de l'assistance (dont peut-être lui-même).

Las, force est de constater que la tendance aux borborygmes néo-shakespeariens ne faiblit guère dans l'Hexagone... Croyez-en mon expérience de Manager dans le Marketing.

Heureusement, il est une peuple francophone qui reste droit dans ses bottes (en peau de caribou) et résiste avec courage à l'épidémie anglo-saxone : les Québécois. Le Québécois ne franchit pas le Saint Laurent en ferry mais en Traversier. Il ne visite pas la Gaspésie en camping-car mais en campeur et n'arrête pas son véhicule au STOP mais à l'ARRÊT.

L'ornithologie, domaine dans lequel vous avez l'heur de me voir souvent élucubrer, n'échappe pas à la règle. Alors que l'ornitho français couinera : "Coooool, j'vais aller faire du birdwatching" (ça se prononce comme ça se cancane), le Québécois s'exclamera, en enfilant sa surchemise à carreaux rouges et noirs (de marque Codet, l'authentique) : "j'm'en vas miroiser dans les grands espaces du Canada." A prononcer dans ce magnifique parler qui n'est pas sans rappeler celui de Jacques, un gars de mon Cartier que j'ai bien connu.
Parenthèse sur la chemise canadienne Codet, la vraie : i-nu-sa-ble. J'ai scanné un bout de le mienne, ci-contre, qui a bientôt quinze ans et fait toujours autant rire mes copains avec l'allure de bûcheron qu'elle me donne, en dépit de ma carrure de tringle à rideau.

Mais désormais la communauté francophone se mobilise sur la Toile (et non le Web) pour bouter la perfide Albion et ce raseur d'Oncle Sam hors du jargon ornithologique. Ainsi voit-on fleurir des expressions telles que le guet à la mer, au lieu de sea-watching (observation des migrateurs qui longent les côtes) ou la coche, et le cocheur (celui qui coche), au lieu de tick, ou twitch, pratiqué par le twitcher : consignation dans un petit carnet à soi, sous forme d'une liste de coches (au lieu de birdlist), des espèces observées depuis qu'on fait de l'ornithologie et/ou depuis le début de l'année en cours.

Bref, la francophonie avance. Certes, parfois en ordre quelque peu dispersé. En effet, Québécois et Français, pour ne citer qu'eux, divergent sur certains volets du vocabulaire quotidien. Je ne m'étendrai pas trop sur la question pour ne point alourdir le présent article ; tout au plus rappellerai-je que, quand mon petit orteil percute nuitamment (et violemment) le pied du lit, je glapis un mot de 5 lettres évoquant la matière fécale, alors que le Québécois dans la même situation beuglera un mot dont mon Larousse dit qu'il provient du latin tabernaculum (la tente) et qu'il désigne 1. le sanctuaire de l'Arche d'Alliance des Hébreux, 2. la petite armoire où Monsieur le curé range l'eucharistie dans son église.




Mais le vocabulaire ornithologique aussi connait des hiatus franco-canadiens. Par exemple, les Québécois nomment outarde la Bernache du Canada (à droite), cette grosse oie qui nous vient d'Amérique (alors que Lara Fabian, je le rappelle, nous vient de Belgique). Chez nous autres, l'outarde est un tout autre volatile, qui ferait penser à un gallinacé (Outarde canepetière à gauche) mais qui n'en est pas un. C'est un otitidé, ce qui pourrait évoquer les oreilles (ous grec) de plumes qui ornent les côtés de la tête, et d'ailleurs, c'est pas pour dire, mais la Bernache du Canada aussi elle a un truc blanc qui lui fait comme qui dirait une oreille et même que c'est du coup peut-être pour ça que les Québécois ils l'appellent outarde (ces explications alambiquées me fatiguent).


Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux