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Oto-rhino ornitho.
Combien d'espèces animales sauvages, sans même compter les poux de tête et le ténia, côtoyons-nous dans notre orgueilleuse existence de mammifères dits supérieurs, sous prétexte que les besoins élémentaires que sont la faim et la chaleur ont fait place à des soucis bien plus nobles, tels que l'échéance du prochain tiers prévisionnel ou le vainqueur de la Star Academy ?
L'Homo Urbanus Franciliensis qui dispose d'un carré de jardin ou d'un humble balcon en région parisienne (et d'une ardoise chez son banquier), peut pourtant s'extasier des rencontres faites aux abords de sa verte pelouse ou de ses pots de géraniums. Ce matin, j'ai moi-même observée une jolie épeire qui avait tissé sa toile entre le rosier et le cyclamen. C'était sauvage et beau. La Nature a des ressources incroyables lorsqu'il s'agit de s'immiscer dans le décor de froide agressivité que l'Homme instaure pour son égoïste confort. Alors, quand j'entends certains de mes concitoyens qui se lamentent d'être réveillés le matin par les chants des oiseaux, je me cabre. Plutôt que de pleurnicher parce qu'un piaf amoureux vous a tiré des bras de cet imbécile de Morphée, que ne tentez-vous pas de savoir quel est le volatile qui chante à vos fenêtres ?!? N'avez-vous donc aucune curiosité naturaliste (qui n'a rien à voir avec l'observation des nudistes aux jumelles) ?
Pour vous sauver de cette surdité ornithologique, une fois de plus, je prends ma plume la plus pédagogique et mes ustensiles d'oto-rhino- laryngologiste et vous ouvre les esgourdes aux chants d'oiseaux. Le choix est vaste puisque le chant n'est pas une activité aviaire créée pour raccourcir les grasses matinées de l'être humain, mais l'un des atouts dont disposent les mâles de nombreuses espèces pour témoigner de leur bonne santé, donc de leur aptitude reproductrice, auprès des dames. Julio Iglesias et Garou n'ont rien inventé, vous voyez. Le chant marque aussi la frontière virtuelle du territoire d'un mâle en période de reproduction. Tout intrus qui a ouï (ah oui ?) le chant d'un propriétaire et a fait fi de la sommation risque de se faire sans délai voler dans les plumes. Propriétaires canins ornithophobes, notez qu'il est plus élégant de marquer son territoire en chantant qu'en levant la patte.

Décrire un chant d'oiseau avec des mots n'est pas de la tarte, et pourtant tous les bons guides ornithologiques se fendent de désopilantes reproductions telles que tsiptchatchatcha ou iouptsuitsuitsuitchêêr. Avec ça, on est bien avancé. Je vais donc cibler aujourd'hui mon choix sur l'un des chants les plus simples de la gente ailée : celui du Pouillot véloce. Outre un nom croquignolet, ce petits passereau migrateur insectivore de couleur brun verdâtre (ci-contre) nous offre dès le mois de mars un concert en deux notes, répétées à l'infini comme comme un pin-pon de pompier. En gros, ça fait tsip-tsap.
Livrons-nous à présent à une expérience fascinante. Prenez deux pièces de 2 centimes d'Euro (ça marche avec les autres, mais c'est celles que j'ai dans mon porte-monnaie aujourd'hui). Maintenez-les l'une contre l'autre entre le pouce et l'index. Puis, d'un mouvement rapide et antagoniste de ces mêmes deux doigts, faites-les glisser l'une contre l'autre. Marquez une demi-seconde d'arrêt et faites-les glisser dans l'autre sens. En d'autres termes vous faites le signe universel de "flouze", "fric", "oseille" et autre "thune" avec vos didis qui maintiennent les deux pièces en contact, mais les allers et retours s'enchaînent à peu près au rythme d'un tic-tac de pendule. Eh bien, vous êtes en train d'imiter le chant du Pouillot véloce. Fou, non ? L'imitation est suffisamment fidèle pour que réciproquement, le Pouillot véloce soit surnommé « compteur d'écus ».


Joignant l'utile à l'agréable, le chant de notre héros est le critère de loin le plus fiable pour le distinguer de ses proches et nombreux cousins, tels le Pouillot fitis (ci-contre). Amusez-vous à trouver les différences avec le Véloce (il y en a 7, comme dans les jeux qui testent le sens de l'observation de nos chères têtes blondes) et imaginez-vous tenter cette comparaison au travers d'une paire de jumelles, sur un piaf qui fait rien qu'à remuer dans les ramures d'un tilleul, vous m'en direz des nouvelles. Mais le chant du Fitis n'a rien à voir, il est plus élaboré, et d'ailleurs je vous en offre l'enregistrement plutôt que d'en tenter l'imitation par quelque paire de pièces de monnaie, tringle à rideau, lèche-fritte ou autre vain accessoire de bruitage.

Pour terminer (parce que c'est pas tout ça), mes lecteurs et lectrices les plus fidèles auront remarqué que le pouillot (qu'il soit véloce ou fitis) a donné son nom à Pouyo, mon petit garçonnet virtuel de 7 ans, qui guide petits et grands dans la découverte de monde des oiseaux. Plus de précisions par le lien en bas de cet article.


Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux