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Volatile de snob.

Le bougre anonyme qui a avancé pour la première fois "l’argent ne fait pas le bonheur" était soit riche et peu partageur, soit pauvre et adepte de la méthode Coué. Pour ma part, je pense suffisamment me connaître pour affirmer que je me sentirais gagné par un bonheur plus intense à la découverte dans mon jardin d’un lingot d’or que d’un rutabaga.
Bien sûr que l’argent fait notre bonheur ! C’est celui des autres qui suscite parfois notre agacement. Cet agacement ne serait que pure et condamnable jalousie si la richesse n’était jamais accompagnée du snobisme, ostensible vanité du goût pour le superfétatoire, l'éphèmère, voire le laid.

C’est le snobisme qui pousse à acheter ces autos dont la vitesse maximum au compteur est au moins le double de la vitesse limite autorisée sur autoroute, ce qui, soit dit en passant, range les constructeurs automobiles dans la même catégorie que les narcotrafiquants. C’est le snobisme encore qui inspire l'acquisition, pour le prix d’une poignée d’hôpitaux au Burkina, de la dernière oeuvre d’un artiste à la mode, intitulée "Fantasmagorie Sonore" et réalisée en cire d'oreille sur carton de pack de bière. C’est le snobisme toujours qui invite à péter dans la soie, alors que ça ne sent pas meilleur.


Il est une expression française à la fois culinaire et assez érudite pour décrire l’association du snobisme et de la richesse (remarquez, les pauvres aimeraient bien être snobs, mais leurs possibilités sont limitées) : il s’agit de "manger des ortolans".
Ce n’est pas le tout de crâner en plaçant ladite expression dans une conversation, encore faut-il savoir de quoi qu'on cause : l’ortolan fait partie d’une vaste sous-famille de passereaux, les bruants, du verbe « bruire ». Pourtant les bruants ne sont pas plus tapageurs que d’autres oiseaux chanteurs, mais bon.

Outre le Bruant ortolan, on croise en nos contrées nombre de ses cousins tels que, par exemple :

Le Bruant ortolan, quant à lui, doit son nom au latin hortulanus qui désigne le jardin, ou plus généralement un coin de terre cultivée, et figurez-vous que, comme par hasard, c'est là où que notre ami il aime bien loger.
Il se distingue de ses coreligionnaires de la famille des embérizidés (emberiza = bruant en Latin), famille qui bénéficie de fortes réductions à la SNCF tant elle est nombreuse, grâce à la cagoule vert olive du mâle (la tête de la femelle est d'une couleur plus terne) et aux belles moustaches jaunes arborées par les deux sexes !





"Manger des ortolans"... L’ortolan serait-il comestible ? A son grand dam, oui. L’ortolan, menu des rois et des princes en leur temps, se dégustait encore récemment mariné dans l’Armagnac, rôti et dévoré très chaud avec os et tripailles. D’ailleurs, même si la loi l’a placé en 1999 sur la liste des oiseaux protégés, il se murmure que des individus voilés d’une serviette s’en repaissent encore de nos jours...
La serviette ne vise pas à cacher la honte des contrevenants (il leur en faudrait plus à ces cuistres) mais à masquer aux autres convives les machtihachions hêgoutantes d’un piaf entier et brûlant.
Connaissant cette belle tradition française invitant de valeureux primates à braver avec courage ces lois si contraignantes qui visent à modérer les carnages de toutes sortes, comme le Code de la Route ou la loi sur la chasse, ces rumeurs sur les gourmets-au-chador-de-dégustation pourraient être fondées, mais je ne fréquente pas les dîners de snobs, donc ne puis point l'attester.

Je préfère m'en tenir au confit de canard (même en boîte) dégusté dans ma cuisine, et la serviette autour du cou, comme tout le monde. Le confit de canard est ma volaille préférée, et c'est légal.



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux