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De qui se moque le merle ?
Je vieillis.
Ces derniers temps, des indices jusque là imperceptibles unissent sournoisement leurs efforts pour me jeter à la face l'éclaboussure amère des ans qui s'empilent. J'ai le front qui pousse. Certes pas trop vite mais mes cheveux eux-mêmes perdent l'éclat châtain clair si favorable au succès auprès des dames, au profit des nuances poivre et sel, heureusement aux notables attraits auprès de ladite gent féminine.
Mais je vieillis. La goutte d'eau qui a mis le feu aux poudres dans cette douloureuse prise de conscience fut ma première visite chez un ophtalmologiste. Rendez-vous compte, moi qui me targuais de n'avoir jamais chaussé de bésicles, j'ai ouï la sentence sans appel qui suivit la séance de torture derrière divers instruments dioptriques : je suis hypermétrope, un chouya presbyte avec une déficience oculomotrice. "Grossier personnage", ai-je répondu au praticien. Mais passé cet instant d'offuscation, la terrible vérité m&'a frappé en pleine face : je vieillis.
L'individu qui accumule les ans ressent l'effet "madeleine de Proust" avec une intensité proportionnelle à son âge, semble-t-il. J'en fais la douce-amère expérience ces temps-ci, moi qui vieillis (vous l'ai-je dit, que je vieillis ?). Alors que le printemps offre ses premiers matins tièdes, voilà que ma madeleine à moi est plutôt auditive : le merle moqueur chante. Et de quoi ce moque-t-il, le merle ? Du fait que je vieillis, sans doute.

Le chant du Merle noir - car son nom officiel est "noir" et non "moqueur" - est l'un des plus beaux de nos régions. On se fait des gorges chaudes de celui du rossignol, que pas un traître chrétien n'est en mesure d'identifier, alors que celui du merle nous ébahit tout autant, là, dans le jardin. Il madeleinise mon âme car c'est ce même chant qui accompagnait mes départs à l'école, dans la rue aux arbres fleuris de mon enfance.
Le Merle noir est l'archétype de l'objet d'émerveillement animalier près de chez soi. Regardez donc Monsieur (ci-contre), tout de noir vêtu, à l'exception du flamboyant bec jaune et du cercle oculaire (sans être hypermétrope) de cette même couleur, qui explore votre pelouse en sautillant. Le voilà qui extirpe avec adresse un interminable lombric, pour le gober prestement comme vos enfants aiment à le faire avec les spaghettis.


Voyez donc Madame. Oui, c'est elle, à gauche, cet oiseau du même gabarit que Monsieur, mais de teinte brune avec quelques tâches claires sur le ventre, et que vous appeliez grive, ignares que vous êtes.
Quant au merlot, c'est un cépage. Parlons plutôt du petit du merle. Il tient un peu de sa mère, mais en plus moucheté (à droite). Soyez attentifs, que diable : un merle qui chante chez vous ? Espoir de nid. Une merlette qui se balade avec des matériaux divers dans le bec (rarement du parpaing) ? Promesse de nid. Un couple qui fait de suspects allers et venues depuis un coin du jardin (duquel on ne s'approche pas, SVP) ? Promesse de descendance merlienne. Ah que la nature est douce à mon âme d'enfant. Mais je vieillis.



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux