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Parmi l'abondant courrier de lecteurs enthousiastes et de lectrices au bord de la pâmoison, je relève régulièrement des demandes de conseils quant au choix du matériel d'observation, voire photographique. Si mes élucubrations ornithologiques ne m'autorisent pas à me proclamer Monsieur Télé-Achats de la paire de jumelles ou du REFLEX numérique, je peux au moins vous faire partager mon expérience personnelle en la matière.
Rappel pour les non-spécialistes : parmi la fouletitude de paramètres que peuvent nous jeter à la figure les vendeurs à la logorrhée commerciale et condescendante, nous soulignerons les deux principaux :
- Le diamètre de l'objectif (en mm)
- Le grossissement(en mm itou)
Pour jauger le diamètre de l'objectif, c'est facile, il suffit de mesurer le diamètre de l'objectif, ah ! ah !.. heu, là je redonde un peu. Plus le diamètre est élevé, plus il y a de lumière à pénétrer dans l'appareil, donc plus l'image sera claire, ce qui est fort commode pour apprécier les couleurs du plumage des sujets observés.
Le superbe croquis ci-contre vous montre le diamètre en question. Mais ne vous embêtez pas, cette grandeur est normalement inscrite quelque part sur le corps de l'appareil. Sur une paire de jumelles, elle sera précédée de la valeur du grossissement.
Cela donne : grossissement x diamètre de l'objectif.

Le grossissement, c'est comme son nom l'indique le facteur qui multiplie la taille apparente de l'objet observé. Mais, la trigonométrie aidant, il y a une façon que je trouve personnellement plus explicite pour définir le grossissement : un oiseau vu avec un grossissement de dix (10) apparaîtra aux yeux émerveillés de l'observateur comme s'il était 10 fois plus près. On pourrait donc parler aussi de rapprochement.
Pour des jumelles, les grossissements classiques sont 7, 8, 10 et 20 et les diamètres les plus standards sont 21, 25, 35, 40, 50. Des jumelles "8x21" sont ces petites jumelles de poche que l'on gagne avec n'importe quelle vente par correspondance à titre de cadeau d'accueil. Vous connaissez sûrement, n'est-ce pas ? Objet peu encombrant certes, mais très vite limité en performances pour observer (et identifier !) les oiseaux. Le grossissement "x8" est très bien, mais le diamètre de 21 mm est peu lumineux, comme je l'ai expliqué plus haut. Par ailleurs, vous pouvez facilement évaluer le confort visuel d'une paire de jumelles, en divisant le diamètre par le grossissement, ce qui vous donnera la taille de l'image de sortie (le petit rond qui se forme dans chaque occulaire de vos jumelles, juste devant votre œil). Pour notre petite paire de 8x21, cela donne 21 divisé par 8, soit 2,6. Quand on sait que le diamètre de votre pupille est d'environ 3 mm, cela veut dire que nos jumelles de poche donnent une image plus petite que notre pupille, d'où l'impression de regarder dans le trou d'une serrure.

En conclusion, ne vous laissez pas hypnotiser par un fort grossissement de jumelles si celui-ci n'est pas accompagné d'un diamètre digne de lui. Pour ma part, j'ai une paire de jumelles "qui craint pas" en 7x50, à la vision très confortable (faites le calcul) et une seconde paire "qu'a coûté les yeux de la tête" en 10x50 avec stabilisateur optique. Ah oui, parce que plus ça grossit, moins sa tolère la tremblote ! A ce titre, les (plutôt rares) jumelles en x20 ne s'utilisent qu'avec un pied et l'on change de mode d'utilisation : on est alors dans l'observation statique, comme avec les lunettes d'observation, objet du paragraphe suivant.

Posée sur son trépied, la lunette permet de s'approcher (virtuellement) encore plus près du sujet, grâce à un grossissement "à deux chiffres" (x40, x60, x80, soyons fous), complétée comme il se doit d'un grand diamètre (60 mm minimum). Voilà qui est tentant quand on a envie de se faire plaisir, mais attention : utiliser une lunette requiert de l'abnégation. Il faut être prêt à trimbaler à l'épaule l'engin sur son pied, être patient et soigneux pour braquer l'objectif sur le sujet (au début, on passe son temps à cadrer un truc qui s'est tiré depuis 5 minutes). L'investissement étant de taille, ne vous y lancez que si vous êtes vraiment motivés par l'observation naturaliste.
L'autre raison d'acquérir une lunette est, depuis l'envol du numérique, d'utiliser ledit instrument pour faire de la photo, appelée, dans ce cas précis, digiscopie. Moyennant un adaptateur, on vient fixer un appareil compact ou reflex sur la lunette, ce qui permet de photographier comme si l'on avait un téléobjectif, pour un coût moins exorbitant, avec certes une qualité moindre.
En ce qui me concerne, je fais un peu figure d'OVNI dans la monde de la digiscopie, car je me balade depuis plus de dix ans avec, sur l'épaule, un télescope, appareil optique à miroirs alors que les lunettes grossissent avec des jeux de lentilles. Le télescope est plus compact, permet (en tout cas pour ce modèle) des observations à des distances très courtes (pratique pour les insectes ou pour un oiseau perché très près de l'observateur, ça arrive) et surtout, la marque de mon engin (CELESTRON) proposait l'adaptateur pour appareil photo à une époque où ce n'était pas encore la mode. De là à dire que je l'ai lancée...
Les vertus recommandées sont les mêmes pour un télescope que pour une lunette : patience, patience et patience. Accepter d'avoir l'épaule, et par transitivité le dos, en compote après une journée sur le terrain ; assumer sans broncher de voir s'envoler le piaf une demi-seconde avant d'appuyer sur le déclencheur, alors qu'on venait de s'escrimer pendant une longue minute avec le réglage du pied, le cadrage sur le sujet et la mise au point (qui se fait entièrement au jugé visuel, oubliez l'autofocus !) ; être prêt à l'attente prolongée d'un sujet que l'on pense avoir dans l'objectif parce qu'on l'a déjà vu là, oui là, sur ce perchoir, il y a une heure mais qui tarde à y revenir.
C'est à peu près l'histoire de la photo ci-contre, immortalisée par un petit camarade (qui lui dispose d'un vrai téléobjectif), histoire tant de fois vécue ! Remarquez, ce coup-là, j'ai été récompensé : après trois quarts d'heure d'attente dans la fraîcheur de l'automne ouessantais, la Pie grièche écorcheur est revenue exactement là où je l'avais vue plus tôt. Il est des moments ornithologiques particulièrement jouissifs.




Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux