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L'hirondelle ne fait pas le printemps...
...surtout quand c'est un martinet.

Je ne sais pas vous, mais moi, rien ne me rappelle tant les belles soirées d'été que les cris suraigus des bandes de martinets cisaillant sans relâche l'air tiède du soir naissant (c'est beau, hein ?). Je dis bien MARTINETS car, si vous partagez avec moi cette espèce de Madeleine de Proust tant auditive qu'estivale, vous vous fourvoyez peut-être en évoquant des hirondelles.
Si l'on a le droit d'être romantique et poétiquement enflammé par ces scènes crépusculaires de vie sauvage et pourtant souvent citadine, on n'est pas pour autant autorisé à se gourrer lamentablement sur l'oiseau qui en est le principal acteur.
Oui, chers lecteurs (lectrices aussi, mais ma compagne lit par dessus mon épaule et est très jalouse), ces volatiles bruyants qui égayent nos quartiers de mai à juillet sont des Martinets noirs, valeureux migrateurs en provenance d'Afrique qui ne s'attardent, vous l'aurez noté, que 3 mois chez nous, le temps de faire des petits et de les former au vol d'avions de chasse dont ils nous gratifient.

Sa silhouette aérodynamique est sans doute à l'origine de la confusion avec l'hirondelle. je devrais dire LES hirondelles car nous en côtoyons plusieurs espèces.

Les plus campagnards d'entre nous peuvent observer l'Hirondelle rustique (à gauche) aux abords de nos étables et autres granges (sites favoris où elle construit son célèbre nid en terre séchée)... enfin ce qu'il en reste car ces sympathiques bâtisses se raréfient, et de fait l'hirondelle aussi, même s'il faut rendre hommage aux pesticides qui ne sont pas les derniers à envoyer notre rustique volatile au rang des espèces menacées dans l'Hexagone. Ben oui, manger des insectes boucanés aux émanations "tête-de-mort", ça ne favorise ni la santé ni la reproduction.
Est-ce pour fuire les pesticides que l'Hirondelle de fenêtre (à droite) vient chercher la douceur de la pollution urbaine jusqu'au coeur de nos villes ? Peu probable mais force est de constater que l'Hirondelle de fenêtre est plus tentée par la vie citadine que sa cousine (qui porte bien son nom), dont elle se distingue entre autres par l'absence des deux longues plumes de queue appelées "filets" et par un croupion blanc de panda. Nous fréquentons aussi l'Hirondelle de rivage près de la mer ou des cours d'eau, l'Hirondelle de rochers aux abords des falaises, et quelques autres. On notera que leurs appellations sont explicites, commode, hein ?

Il y a aussi DES martinets, mais le Martinet noir est de loin le plus répandu par chez nous. Il n'a rien à voir avec les hirondelles malgré la relative ressemblance et un commun appétit insectivore, qui pousse les uns comme les autres à gober les insectes en vol, ouvrant comme un four une bouche qui cache bien son jeu, vu la petitesse du bec. Le martinet est dans l'air ce que le poisson est dans l'eau : à l'aise. Tellement à l'aise, Messieurs-Dames, qu'il y passe l'essentiel de son existence. De fait la Nature, pragmatique, a réduit ses pattes au maximum, (d'où son nom scientifique, apus, qui veut dire "sans pieds") ce qui fait qu'il lui est très difficile de se poser. Donc le martinet dort en l'air, se reproduit dans les airs (ou s'envoie en l'air au sens propre, si vous préférez) et se nourrit en l'air des myriades d'insectes qui y zinzinulent avec insouciance et que l'on nomme parfois plancton aérien. On pourrait ainsi rapprocher son mode de vie de celui d'une autre famille animale parfaitement adaptée à son milieu : les baleines, grandes gobeuses de plancton (marin, cette fois). J'admettrai qu'on me dise que la comparaison est un peu tirée par les fanons.


Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux