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Tête de Carduelis cannabina.

Alors que les rudes responsabilités de la vie adulte n'avaient pas encore abattu leur chape de plomb sur mes frêles épaules de garçonnet blond et primesautier, il m'arrivait qu'une quelconque préoccupation enfantine me poussât vers les tortueux chemins d'une coupable mais candide distraction.
Ainsi m'advenait-il fréquemment d'enfiler mes slips kangourous devant - derrière. Pourtant le seul avantage du slip kangourou, blanche (puis jaunâtre) apologie textile du ridicule subvestimentaire, c'est bien de présenter une notable différence entre le devant et le derrière du fait de l'inénarrable et contorsionniste fonction dite "kangourou". Mais bon, j'étais petit.
Alors ma Maman me disait gentiment : "Quelle tête de linotte !".

Bien plus tard, et sans vouloir le moins du monde exposer ma vie privée au voyeurisme latent de mes lecteurs (ne niez pas), la personne qui partage ma vie et les acariens de mon sommier est encline à m'affubler de la tête de linotte quand j'oublie de rabattre la lunette des WC, coupable omission marquant le mépris du mâle, qui urine debout, à l'égard de sa compagne, qui fait assise.
Toutefois je ne manque pas de lui retourner le compliment linottien quand elle oublie l'heure, vous savez, cette chose qui mesure l'écoulement du temps et qui nous permet de savoir qu'à l'instant précis où Madame termine d'ajuster sa coiffure dans la salle de bain, nous devrions être à 60 Km de là, à attaquer les bouteilles d'apéro chez les copains.



Au-delà de ces cas d'emploi vécus de l'expression "tête de linotte", interrogeons-nous sur ce qu'est la linotte. Le présent site ne s'étant pas reconverti dans la botanique, tout le monde aura compris que la linotte, objet de mon exposé, est un oiseau. Commun qui plus est, et pourtant ignoré de l'affligeante majorité de mes concitoyens qui ne touchent pas une bille en ornithologie, alors que notre volatile côtoie jusqu'aux bosquets de nos jardins !
Son nom exact est Linotte mélodieuse car Monsieur Linotte, à la saison où il est de bon ton d'épater les filles, orné pour l'occasion d'un petit calot et d'un plastron rouges (ci-contre), se fend d'un magnifique gazouillis reléguant les vociférations de Johnny au rang des laxatifs auditifs les plus puissants.

Etymologiquement parlant, la linotte est "l'oiseau du lin", dont la graine fait partie de ses mets favoris. Ceci ne nous dit pas quel est le rapport entre ce petit granivore et la distraction. Mes sources m'informent qu'il tiendrait au fait que la linotte construit son nid à faible distance du sol, peu camouflé, bonne aubaine pour les amateurs d'omelette, mais indice d'un certain manque de concentration chez un oiseau...




Je sais pas vous, mais moi, cette explication me laisse sur ma faim. Pourtant j'adore l'omelette.
Une fois de plus guidé vers les confins de la connaissance par mon inextinguible soif de culture (qui n'a d'égale que ma modestie), j'ai vite découvert que le nom scientifique de la linotte, à savoir Carduelis Cannabina, est aussi en rapport avec son alimentation : carduelis vient de cardus, le chardon. En effet les linottes aiment bien ce végétal, dont les graines sont d'ailleurs fort prisées de tous les membres du genre carduelis qui regroupe les chardonnerets, tarins, verdiers et autres sizerins. Quant à cannabina : ce n'est autre que le chanvre ou cannabis que la linotte apprécie et consomme beaucoup.

Nous y voilà : la linotte se goberge de cannabis. Ben tiens. Vous m'en direz tant.

N'allons pas plus loin. Vous avez devant vous le résultat stupéfiant (elle est bonne) d'une consommation immodérée de végétaux psychotropes par un oiseau : déchiré au chichon à longueur de temps, le couple linotte n'a plus le discernement nécessaire pour édifier son nid à l'abris des regards et des convoitises omelettophages. C'est bien peu glorieux, si vous me permettez cette linotte, euh, pardon, litote.



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux