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Ne jetons pas le caillou aux hiboux.
La rentrée approche, dites-moi. Ou plutôt, ne me le dites pas. Les années courent, et je suis insensiblement passé du stress de pré-rentrée que connait l'écolier moyen à l'idée de rejoindre les bancs de l'école, au stress de pré-rentrée du père de famille à l'idée de confier ses enfants à l'Education Nationale. J'ai même pas senti la transition, dites donc. Ma compagne me rétorque que c'est normal, vu que j'ai conservé l'essentiel du comportement d'un enfant. Persiflage féminin primaire.
Or donc, je me souviens de cette rentrée déjà lointaine où, dans la perspective de la classe de Mat' Sup' (Maternelle Supérieure) qui s'annonçait pour l'un de mes rejetons, j'ai parcouru avec attention son classeur de l'année précédente, afin de m'assurer qu'un enseignement satisfaisant lui avait été dispensé.

Et voilà que je découvre un "livret illustré par l'enfant" sur les Trois petits cochons. Et de m'énerver. Crotte, comment voulez-vous que l'on réhabilite un jour le loup aux yeux de l'humanité, si l'on continue à abreuver nos enfants de cette fable, aussi improbable quant aux visées sanguinaires du loup sur la gent porcine qu'au sujet des capacités pulmonaires de ce même canidé ?! Regardez du coup comment mon fils représente le loup : une bête immonde aux machoires surdéveloppées, prêt à transformer l'ensemble du territoire français en un Gevaudan hémoglobineux. Il m'a fallu des trésors de persuasion pour effacer cette horreur du cerveau influençable du fiston. Chers lecteurs, je vous invite à rester, vous aussi, hautement vigilants à l'égard de ces calembredaines que trimbalent les crétines histoires supposées édifier nos chères têtes blondes. A ce titre et dans le même registre, réhabilitons séance tenante ces "oiseaux de mauvais augure" (et autres galéjades) que sont les oiseaux de nuit, puisque nous sommes sur un site à caractère ornithologique, et que j'ai encore lourdement digressé.
La principale famille, chez les rapaces nocturnes, est celle des strigidés. Et là, ça commence bien, puisque ce nom a pour racine strix, qui désignait dans l'antiquité des démons suceurs de sang. Si c'est pas se faire tailler un costume, ça...


Bon, glissons. Au sein de cette vaste famille, je me contenterai aujourd'hui de vous présenter trois espèces qui semblent être associées comme des poupées gigognes : les hiboux Petit Duc, Moyen Duc et Grand Duc. Certes, nos trois compères, représentés ci-contre à l'échelle, diffèrent nettement par le gabarit : alors que le Petit Duc (plus précisément Petit duc Scops) affiche une envergure d'un demi mètre pour une hauteur de 20 cm, le Grand Duc (d'Europe) est trois fois et demi plus grand. Le Moyen Duc vous propose quant à lui une taille harmonieusement intermédiaire.
Cependant, à part cette homothétie ducale, reconnaissons qu'il y a un air de famille : outre les traits propres aux rapaces nocturnes (dont ce fameux regard "facial" qui fait très "humain"), ils arborent un costume de camouflage assez similaire, à dominante rousse et aux motifs comme qui dirait vermiculés (en voilà un mot qui fait drôlement culturé dans une conversation).

Mais il y a bien sûr les inénarrables aigrettes qui constituent presqu'exclusivement l'apanage des ducs ; presque, car le Hibou des marais par exemple, qui n'a pas le titre, en a des petites, d'aigrettes. Les privilèges de la noblesse se perdent...

Ceux d'entre vous qui connaissent un peu les rapaces nocturnes, en particulier leur ouïe capable de détecter un mulot qui pète sous 10 cm de feuilles mortes, sont susceptibles de s'interroger : ces aigrettes sont-elles des sortes de pavillons d'oreilles ? Mes connaissances ornithologiques ayant leurs limites (si.), je serai prudent sur ce sujet : ce qui est sûr, c'est que les plumes de la tête des oiseaux de nuit, en particulier celles qui forment ce fameux masque facial si effrayant pour les esprits faibles, jouent un rôle clé dans l'acuité auditive de l'oiseau, en se dressant pour dégager les conduits auditifs et jouant le rôle de paraboles. Que les aigrettes viennent compléter le dispositif, pourquoi pas. Mais l'on constate que nombre de strigidés s'en passent...

Rappelons de manière générale que les chouettes et hiboux sont aussi dotés d'une excellente vision nocturne, sont très fidèles en amour et sont de véritables messies en matière d'élimination des rongeurs aux abords des cultures (c'est sans doute ce qui leur a valu l'honneur d'être crucifiés sur nombre de portes de granges). Donc il y a moult bonnes raisons pour que les Ducs et autres strigidés suscitent votre sympathie, chers lecteurs, plutôt qu'une pétoche sans fondement (sans jeu de mots).

Enfin, sachez que nos trois Ducs européens ont de nobles cousins sur toute la planète : par exemple, le Grand Duc d'Europe correspond régulièrement avec Leurs Altesses Grand Duc de Virginie en Amérique, Grand Duc du Cap, Grand Duc Africain et Grand Duc pâle en Afrique, etc, etc...
br> J'aurais pu faire la même revue avec les Petits Duc et Moyen Duc, mais cela m'aurait privé de l'opportunité de conclure par : "et voilà achevée la tournée des Grands Ducs !" Ç'eut été dommage, n'est-ce pas ?



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux