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Quand les canards font grèbe
C'était une matinée dominicale de printemps et je devais en avoir une trentaine (de printemps). Je me promenais autour de quelque lac francilien, ma moitié à mon bras et mon quart dans la poussette. Celui-ci, pré-adolescent d'une trentaine de mois, commençait à s'énerver sévèrement, car il n'avait toujours pas vu de canard et, à cet âge là , une étendue d'eau sans canard, c'est parfaitement irrationnel, donc scandaleux aux yeux de ces esprits hyper-logiques que sont les enfants.

Enfin, au détour d'un embarcadère, la silhouette d'un volatile flottant se profila, aussitôt repéré par l'œil de lynx de mon héritier :

- " T'as vu ? A cana' ! " s'exclama-t-il.
- Moi, d'une voix docte : " non, mon chéri, c'est un grèbe."
- Lui, surpris : " a pas cana', Papa ?"
- Moi : " non, mon ourson, ce n'est pas un canard, mais un grèbe, un Grèbe huppé, précisément."
- Silence.
- Lui, fronçant les sourcils et adoptant mon ton sentencieux :
" a 'essemble a cana'... ".

Le père et le fils étaient quittes : pour ma part, j'avais fait dignement mon œuvre d'inflexible pédagogie. Mon rejeton, quant à lui, avait su me signifier la raison de sa méprise, que je lui pardonne.


Mais vous, lecteurs béotiens du site La Plume, qui depuis tant d'années appelez négligemment tout emplumé flottant "canard", dois-je vous pardonner ce trait d'irresponsabilité ornithologique ? Franchement, comment peut-on se fourvoyer à la vue de ce cou longiligne terminé par un bec en poignard ? De plus, ayez la patience de l'observer quelques minutes. Soudain, vous allez voir l'oiseau plonger tête la première sous la surface pour ne réapparaître qu'au bout d'un moment interminable (une vingtaine de secondes), généralement pas du tout au même endroit. Vous avez déjà vu un colvert faire ça ??? Si oui, arrêtez la marijuana.

Enfin, et j'aurais pu commencer par cela, le Grèbe huppé arbore du printemps à l'automne une magnifique parure nuptiale composée d'un plumet sur le dessus du crâne et d'une paire de rouflaquettes sur les joues. Notons l'absence de sexisme chez cet animal puisque mâle et femelle en sont dotés (même si l'œil aguerri distinguera quelques menues différences entre les deux sexes).

Revenons voulez-vous sur les remarquables capacités subaquatiques de notre oiseau.


Les grèbes sont de véritables chasseurs sous-marins. Ils poursuivent leurs proies (essentiellement des poissons) sans relâche, propulsés par leurs pattes trilobées (ci-contre). Celles-ci, comme l'hélice d'un sous-marin, sont placées très "à l'arrière" de la coque, ce qui n'est par contre guère commode pour déambuler sur le sec. On ne l'y voit d'ailleurs jamais en dehors de pénibles incursions rampantes sur son nid lacustre.

Le grèbe huppé serait-il incapable de voler, à l'instar du manchot (et non pingouin, voir l'article sur la question .) ? On est en droit de se poser la question à la vue de son corps profilé où nulle aile n'apparaît. Détrompez-vous : il les dissimule dans deux grande poches latérales, le cachotier. Doublement cachotier car il ne les déploie que nuitamment, seulement quand il doit fuir le gel qui menace son plan d'eau et le priverait de pêche.





Rendons tous de même aux canards ce qui leur appartient : certains d'entre eux savent plonger et nager sous l'eau, certes avec moins de dextérité que le grèbe. On les appelle, avec une logique imparable, les canards plongeurs, dont fait partie le Fuligule milouin (ci-contre). Ils sont d'ailleurs présentés dans un autre article de ce site.





Pour finir, quelques mots sur les petits du Grèbe huppé : à l'instar des marcassins, ceux-ci sont recouverts d'hilarantes zèbrures et ont la particularité d'être nidifuges, c'est-à-dire de quitter le nid dès la naissance pour passer les quinze premiers jours de leur existence en bateau, dans le plumage douillet de Papa ou Maman.


Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux