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Etrange Papa.

Il est drôlement fort, mon Papa. A la maison, c'est lui qui ouvre tous le bocals à cornichons d'un coup de poignet. Clac ! Mon Papa aime beaucoup les cornichons, il en mange plein. Il dit que "c'est du cannibalisme". Je sais pas ce que ça veut dire, mais c'est sûrement rigolo, parce que ses yeux rigolent quand il dit ça.
Mais d'autres fois, ses yeux me font peur. C'est quand il me gronde. Même ses yeux font du bruit. Heureusement, c'est pas trop souvent, il préfère faire le fou avec moi. Mon Papa, c'est un humoriste ; c'est comme ça qu'on appelle les gens qui font le fou.
Mon Papa m'emmène souvent au Bois, pour qu'on s'aère, comme il dit. Un petit coup de voiture, et on y est. Là-bas, il y a plein de gens qui courrent. Papa dit que "c'est pour être en pleine forme et pas en formes pleines". Je comprends rien, c'est pour ça que je redemande la fois d'après pourquoi ils courrent, les gens.


J'ai mes jumelles-à-moi (elles sont vertes), Papa a les siennes et le petit frère dans le sac-à-dos. Le petit frère n'a pas de jumelles, il est trop petit, il les casserait. Et puis lui, il en a pas besoin : c'est les chiens qui l'intéressent, il les montre du doigt en braillant comme un cochon. Papa se met accroupi pour que le petit frère puisse leur faire un câlin, quand ils veulent bien.
Et puis on prend des petits chemins pour explorer. Quand il y a trop d'orties, je rouspète un peu et Papa fait demi-tour. De temps en temps, je m'arrête d'un coup et en parlant tout bas je dis : "attends, j'ai vu un oiseau qui m'intéresse". Comme ça je fais comme mon Papa. Alors je prends mes jumelles et je regarde dedans. Papa me dis que je regarde pas du bon côté des jumelles, mais moi je préfère comme ça.

Souvent, au début de la promenade, Papa ne dit pas grand chose. Ses yeux sont comme quand il rentre du boulot, ils regardent dans le vide comme si on était pas là. Alors je lui parle. Je demande ce que veulent dire des mots que j'ai entendus pendant la semaine : redouter, convecteur, en fin de compte, partiellement, et le dernier : étrange.

Papa doit pas bien les connaître non plus, parce qu'il a parfois du mal à me les expliquer... En tout cas après ça va mieux. On discute et Papa est VRAIMENT avec moi. J'aime bien aussi lui demander : "quand j'aurai 5 ans, t'auras quel âge ?" "Et quand j'aurai 10 ans ?". Il répond avec des chiffres que j'ai encore du mal à comprendre.
La dernière fois, je lui ai demandé : "Papa, quand j'aurai TON âge, est-ce que tu me feras toujours des câlins ?". Il s'est arrêter de marcher. Il s'est accroupi et ses yeux étaient étranges (parce que étrange, c'est le mot qui allait bien à ses yeux à ce moment-là). Il m'a dit : "aujourd'hui, c'est toi qui me demande des câlins ; quand tu auras mon âge, c'est moi qui n'oserai pas t'en demander."

J'ai encore rien compris. C'est compliqué, les parents. Je dirais même que c'est étrange.


Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux