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Supplique pour l'Erika
A tous les admirateurs de ce prestigieux navire, voici une supplique que vous pourrez même entonner lors de vos veillées, puisqu'elle est calquée sur la métrique et les rimes de Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, de Georges Brassens.


Cela faisait longtemps qu'un navire pétrolier
Du fruit de ses entrailles n'avait pas décoré
Nos fiers littoraux et nos îles.
Pour ma part je commençais à trouver le temps
Un tantinet trop long et pour dire franchement,
Je me faisais un peu de bile.

Car quand tout un chacun crie son indignation
Devant certaines scènes de désolation,
Moi, je dis qu'on a la dent dure !
L'Erika en effet, de par son triste sort,
Est sous bien des aspects une occasion en or,
De ces bons points faisons lecture :

Primo, dites-moi donc, parmi nos rejetons,
Lequel savait nommer, avant la pollution,
Toutes les espèces de mouettes ?
Lequel de nos marmots aurait su nous citer
Les fous, les guillemots et autres emplumés,
Avant cette nuit de tempête ?

Dans leurs jeunes cerveaux, aux neurones tous neufs,
Nos médias ont bien vite fait un effet boeuf
Et ce ne fut pas lettre morte :
Désormais nos petits, surpassant les plus vieux,
De l'ornithologie ont les bases, c'est tant mieux
Et que jeunesse mieux s'en porte !

Signalons néanmoins un détail quelque peu
Limitatif, enfin aujourd'hui on ne peut
Tout avoir en ce monde chiche !
C'est que nos enfants croient que les oiseaux marins,
Quelle qu'en soit l'espèce, sont couleur de purin
Et dans un noir cloaque nichent...

Ne nous attardons pas sur ce point litigieux,
Mineur au deumeurant, tant il y a bien mieux.
Rendons-nous donc sur quelque plage,
Observer tous ces gens qui paient de leurs efforts
A nettoyer nos côtes et nettoyer encore,
Comme Sisyphe en d'autres âges.

Supposons qu'à ces courageux individus
Cette noble mission n'eut pas été échue :
Qu'auraient-ils donc fait pour les Fêtes ?
Au lien d'avoir de la mer le vaste horizon,
Ils auraient fait les frais d'un banal réveillon...
Fin de "millénaire" bien discrète.

Plutôt que de s'empiffrer de dinde farcie,
Ou d'espérer sans lystéria la charcuterie,
A l'air du grand large ils s'adonnent !
Même si des fâcheux au pessimisme hautain
Prétendent, le nez pincé, que cet air, pour marin,
Renifle à plein nez la charogne.

Mais il est un aspect qui fera illico
L'unanimité du chasseur à l'écolo :
L'Erika, chose remarquable,
Nous apprend, ébahis, que ce fier bâtiment
Peut transporter toutes sortes de carburants,
Dont de puissamment redoutables...

Soulignons au passage, le chapeau à la main,
La communication reconnue en tous points
D'une limpide transparence,
Fournie par une société de grand renom,
A qui notre total crédit nous accordons,
Adjectif plein de pertinence.

L'aimable PDG de cette compagnie,
Sans se précipiter, son flegme soit béni,
Assis au fond de sa Safrane,
Offrit en premier lieu de payer son écot
Par une journée de son salaire plein pot.
Ô geste généreux et crâne !

Mais quoique notre ami soit sûrement payé
A hauteur de la masse de ses pétroliers,
Ce sera court et je présume
Qu'il oubliera un temps actions et plus-values
Pour sur notre question se pencher un peu plus
Et mettre la main... au bitume.

Et ce prochain été, quand mes petits garçons
Rentreront de la plage mouchetés de goudron,
Le coeur plein de reconnaissance,
Je songerai, ému, à tous ces braves gens
Qui malgré leur souci de gagner de l'argent,
N'oublient pas les côtes de France...



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux