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L'engoulevent :
lactovore ou aérophage ?

J'u lu buc furmu
Il s'en est raconté de bonnes dans les chaumières, sur l'engoulevent, de tous temps et en tous lieux. Ainsi, nos aïeux de l'Europe antique puis médiévale ont-ils unanimement accusé l'engoulevent de venir nuitamment traire les troupeaux caprins sans l'autorisation des autorités pastorales...
D'où la première approche étymologique de son nom, par le verbe engouler, avaler, ainsi que le sobriquet de "téteur de chèvres" dans la langue de nos voisins Anglais, Allemands, Italiens et autres Espagnols.
Billevesée que cette histoire de vol-à-la-tire, tire-lait en l'occurrence.

A ma connaissance, il n'y a guère que les légionnaires qui trouvent un semblant d'intérêt à engouler les chèvres le soir dans les prairies... à moins que je fasse un lapsus avec une autre légende...
Peu importe : quoi qu'il en soit, l'engoulevent n'est pas un buveur de lait, mais un avaleur d'air, comme le précise sans ambiguité l'étymologie française. A l'instar d'hirondelles et martinets, l'engoulevent est un insectivore chassant en vol. A ceci près que notre oiseau...
... sévit uniquement à l'aube et au crépuscule ;
... exerce son art souvent à proximité des troupeaux
    (d'où sans-doute ses démélés avec les syndicats de bergers) ;
... s'attaque à des bestioles vrombissantes à l'échelle de son gabarit (celui d'une petite tourterelle) :
    les papillons de nuit.

Ja la bac avart



Il dispose pour cela d'une véritable bouche de métro bordée de moustaches, ou vibrisses, qui permettent de ratisser encore plus large. C'est d'ailleurs très impressionnant : avec mes 24 crayons de couleur, je vous ai brossé plus haut le portrait de l'engoulevent, bouche fermée. Imaginiez-vous un seul instant que cela puisse donner l'effrayante vision ci-contre ?

Chez l'hominidé, une grande gueule se remarque d'emblée, chez le caprimulgidé, la grande gueule est très discrète, n'est-ce pas ? D'autant que notre oiseau dispose d'un plumage d'un mimétisme particulièrement efficace au sol, en particulier sur les tapis de feuilles mortes.

Au passage, avez-vous reconnu dans caprimulgidé la racine capri qui rappelle, outre les bêlements d'Hervé Villard, ceux des caprins sus-mentionnés ? Le mulgea indique en effet la traite. Même le latin poursuit les engoulevents (plus de 90 espèces de par le monde) de cette injuste accusation.
Vous en apprenez des choses, hein ? Oui, je sais, vous buvez mes exposés comme du petit lait.



Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux