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Mille et un canard.
L'avez-vous remarqué ? Le canard jouit d'une certaine notoriété dans notre vocabulaire francophone : présent dès le petit sucre trempé dans mon café du matin, il est ensuite l'associé (involontaire) du froid pinçant qui accueille ma sortie dans l'air hivernal, puis qualifie les notes cacophoniques des klaxons agacés de mes coreligionaires pressés d'arriver au travail (masochistes). Pour peu que ce travail soit celui d'un ingénieur aéronautique, l'intéressé appellera "canard" un empennage horizontal placé à l'avant du fuselage de l'avion. S'il est hydraulicien, le canard désignera un circuit d'eau en boucle fermée...

Enfin c'est ce même homonyme du volatile cancanant que je feuillette nonchalamment pour rechercher les pages sportives, et non celles de la Bourse, méprisable ectoplasme vecteur d'ulcère à l'estomac chez les petits porteurs, de décharges de testostérone chez les membres du MEDEF et les traders et d'affligeantes billevesées chez Jean-Pierre Gaillard, qui me brisa longtemps les miennes, de bourses, à l'âge où j'attendais impatiemment le début des Visiteurs du Mercredi en metapant sa trogne télévisuelle de nain de jardin boursicoteur.

Laissons cela et tirons la chasse (non sans passer un coup de Canard WC). Multiples sont les sens du mot "canard" et multiples sont aussi les espèces de canards de par le monde. Scientifiquement parlant, les canards, avec les cygnes et les oies, forment la famille des anatidés et se caractérisent par des pattes courtes et palmées, un corps massif, une tête bien séparée du tronc par un cou assez long et par un bec... de canard ?
Eh ben non : l'une des sous-familles de canards, les harles, arborent un bec fin et crochu à son extrêmité, qui n'a rien à voir avec la tronche de Daffy. Les harles sont des canards plongeurs, c'est-à-dire capables de se mouvoir sous l'eau pour quérir leur nourriture, éventuellement échapper à un danger.
Ceci me rappelle ce magnifique conte comme seuls les nordiques sont capables de nous narrer : il était une fois un rude pêcheur suédois nommé Gøldär Vidson. Par un froid matin d'automne septentrional, alors qu'il remontait de ses mains calleuses son lourd filet garni, espérait-il, d'un grand nombre de harengs, Gøldär perdit ses lunettes (il était hypermétrope par son père presbyte par sa mère) dans l'eau sombre et froide de l'automne septentrional. Il s'en trouva fort marri, car il ne bénéficiait pas de l'offre Afflelou.



C'est alors qu'un superbe Harle piette (comme ci-contre), qui passait dans le ciel cristallin de l'automne septentrional, détourna sa route pour plonger dans l'onde noire et, ô joie, lui rapporter ses besicles.
Ainsi, contre toute attente, Gøldär Vidson récupéra ses lunettes sans qu'aucun être humain ne l'assistât (même pas Afflelou).

Moralité :
Il n'eut besoin de personne
quand le harle aida Vidson.

Oui, tout ça pour ça.



Les canards plongeurs comptent d'autres sous-familles dont l'anatomie est plus conforme à l'idée que l'on se fait du canard : par exemple les garots et les fuligules. Fuligule est déjà un nom rigolo, mais quand vous y ajoutez le nom propre à chaque espèce c'est encore plus croquignol : Fuligule milouin, Fuligule milouinan, Fuligule nyroca ou encore Fuligule morillon, dont le mâle est représenté ici. Comme pour le Harle piette, le dessin en noir et blanc (à la carte à gratter) se prête bien à l'animal, même s'il nous prive des jolies irisations violettes de sa tête.

Si le canard n'est point "plongeur", il est "de surface", c'est-à-dire qu'il se nourrit depuis la surface, capable au mieux d'atteindre le fond de l'eau peu profonde en faisant la culbute et présentant au public son postérieur, comme nous l'avons tous vu faire dans nos parcs et jardins (je ne parle pas ici d'exhibitionnistes mais de canards). C'est dans cette sous-famille que l'on trouve bien sûr l'inévitable Canard colvert.





Cependant répondre au nom générique de "canard" n'interdit pas d'être original : c'est ce que semblent afficher le Canard souchet, au bec surdimensionné à l'esthétique quelque peu contestable, ainsi que le Canard pilet qui, quant à lui, verse dans l'élégance en se parant (chez les messieurs, comme souvent dans la gent ailée) d'un plumage brun/noir/blanc d'une grande finesse, couronné de longues plumes caudales. Ici encore, le noir et blanc lui va bien, le bougre.




Renan LEVAILLANT est aussi l'auteur de Pouyo et les oiseaux